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On t’oublie

Texte et audio – Mahmoud Darwich, l’immense, l’inégalable, l’inoubliable !

فأشهد أنّي حرّ و حيّ حين أنسى

On t’oubliera,

comme si tu n’avais jamais été,

on t’oubliera, comme si tu n’avais jamais été,

on t’oubliera comme la mort d’un oiseau,

comme une église abandonnée,

comme un amour passager,

et comme une rose dans la nuit … on t’oubliera,

J’appartiens à la route …

D’autres pas ont précédé mes pas,

D’autres que moi ont dicté leurs visions,

à mes visions,

d’autres ont répandu le verbe,

afin qu’il intègre le récit,

on éclaire pour celui qui suivra,

trace lyrique … et intuition,

On t’oubliera … comme si tu n’avais jamais existé,

homme ou œuvre … on t’oubliera,

j’avance guidé par la vision,

le récit sera peut être plus personnel,

car les mots,

me gouvernent et je les gouverne,

je suis leur forme,

et ils sont la libre transfiguration,

Mais ce que je dirai a été dit,

Un futur antérieur me précède,

je suis le roi de l’écho,

je n’ai de trône que les marges,

et le chemin est la méthode,

les Anciens ont peut être,

oublié de décrire,

quelque chose, pour que j’y réveille,

mémoire et sensations.

On t’oubliera comme si tu n’avais jamais été,

acte ou trace … on t’oubliera,

J’appartiens à la route …

Quelqu’un pose ses pas,

dans mes pas, qui me suivra jusqu’à ma vision,

quelqu’un qui déclamera des vers de louanges,

aux jardins de l’exil, devant la maison,

des vers délivrés de l’adoration du passé,

délivrés de ma métonymie et de ma langue,

et je témoignerai,

que je suis vivant,

et libre

quand on m’oubliera !

Extrait de « Ne t’excuse pas »  in Anthologie (1999-2005) Mahmoud Darwich – Édition Babel

Le poème en arabe est sur le site – version arabe.